Enfin une vision européenne sur l’énergie

Egalement paru dans La Libre Belgique.

Avec les récents développements sur le marché de l’énergie, il n’est pas exagéré de dire qu’au sein du secteur, le nouvel accord de gouvernement était attendu avec impatience (et peut-être même en se rongeant les ongles). Maintenant que le voilà sur la table, ma première impression est : le gouvernement quitte une perspective nationale de l’énergie et l’échange contre une vision européenne. Des nouvelles réjouissantes.

J’observe trois nouveaux accents remarquables dans l’approche de cette équipe gouvernementale :

1. Ce gouvernement se prononce pour la première fois explicitement en faveur de la réalisation d’un « marché interne européen de l’énergie » et du développement de « réseaux stratégiques et européens interconnectés ». Nous prenons donc finalement conscience que pour notre approvisionnement en énergie, nous ne pouvons nous limiter à une production nationale, mais que nous sommes liés, au sens propre comme au figuré, à nos pays voisins et, à travers eux, au reste du continent.

Le fait que nous adaptions notre politique énergétique à cette réalité est selon moi une condition indispensable pour accomplir en tant que société la transition des combustibles fossiles à l’énergie renouvelable.

Si en Europe nous voulons mener à bien cette transition vers une production d’énergie durable, nous allons devoir faire en sorte de produire l’énergie renouvelable là où elle fournit le meilleur rendement. Cela veut donc dire l’éolien au Danemark, le solaire en Espagne, l’hydraulique dans les Alpes. Que le nouveau gouvernement souscrive à cette logique est déjà positif.

Mais également à court terme, le choix d’un réseau d’énergie européen est une simple question de bon sens. Alors que certains de nos pays voisins sont parfois confrontés à des surcapacités, c’est une pénurie d’électricité qui menace chez nous cet hiver. Dans un contexte européen, il est quand même fou que la surcapacité de tel pays ne puisse compenser rapidement la sous-capacité d’un autre.

2. Par ailleurs, je trouve tout aussi remarquable de constater que ce gouvernement est prêt à prendre ses distances par rapport à ce qui fut longtemps un des tabous de la politique belge en matière d’énergie : l’idée que toutes les unités de production qui fournissent de l’énergie au réseau belge doivent absolument se trouver sur le territoire belge.

Cette idée est un vestige de l’ancien monopole énergétique mais n’a plus qu’une utilité limitée aujourd’hui : elle offre surtout une illusion de contrôle sur la production d’énergie. Elle nous empêche en outre d’accueillir sur notre réseau la capacité existante et disponible en provenance de l’étranger, et perturbe qui plus est également le fonctionnement du marché.

Il est donc réjouissant de constater que le gouvernement « évaluera l’opportunité d’intégrer des capacités étrangères dans le réseau belge ».

Le choix de plus d’interconnectivité entre les pays européens et la possibilité de raccorder des centrales étrangères à notre réseau offrent également d’intéressantes perspectives pour le consommateur. Les prix dans le nord de l’Europe sont généralement plus bas que chez nous. Si nous optons pour un véritable marché de l’énergie européen, nous évoluerons naturellement vers un nouvel équilibre des prix qui (selon les attentes) sera inférieur dans le cas de la Belgique.

En guise de bonus, nous renforçons ainsi la concurrence sur le marché de l’énergie en Belgique – concurrence que les politiques cherchent à stimuler depuis longtemps sans vraiment savoir comment y parvenir.

3. Enfin, je constate que le gouvernement veut examiner si le marché fonctionne encore bien aujourd’hui : il veut « évaluer la réserve stratégique ». Pour moi, ce n’est pas trop tôt.

Les mécanismes actuels du marché font que des centrales au gaz nouvellement construites chez nous et nos pays voisins sont à l’arrêt, alors que c’est la croix et la bannière pour produire suffisamment d’électricité lors des périodes de pic, avec toutes les conséquences que cela suppose pour les prix et l’infrastructure.

J’ai déjà plaidé en faveur d’un marché de capacité faisant en sorte que toutes les unités de production à disposition soient disponibles, afin que nous puissions augmenter ou diminuer de manière flexible la production d’électricité en fonction de la demande. Espérons qu’ici aussi, le bon sens l’emporte.

Frank Brichau