Moment décisif pour hisser la technologie des batteries au-delà du simple marketing

Le stockage de l’énergie est le dernier élément en date qui peut changer la donne dans le secteur de l’énergie

En parallèle du battage médiatique autour des voitures Tesla, la batterie domestique de la même marque alimente toutes les conversations. À juste titre, car le stockage de l’énergie électrique au niveau local est précisément le chaînon manquant dans la transition vers une production d’électricité décentralisée et renouvelable.

Cette transition n’est pas encore possible à l’heure qu’il est : la demande d’électricité en Belgique doit être en permanence en équilibre avec l’offre, toutes les quinze minutes, 24h/24, 7 jours sur 7. Si nous n’en tenons pas suffisamment compte, nous sommes confrontés aux fameux problèmes de brown-out ou de black-out. C’est pour cette raison que le stockage est le principal élément manquant capable de changer la donne dans le secteur de l’énergie. Le fait de disposer d’une capacité de stockage suffisante, accessible et durable peut découpler le lien direct entre la production et la consommation, et changer ainsi véritablement et radicalement le modèle énergétique.

Mais la batterie domestique ne pourra pas, à elle seule, résoudre le problème.

Coup marketing

Notre maison mère RWE propose actuellement deux batteries commercialisées : une de la marque Varta et une de la marque Sonnen. Elles sont déjà disponibles sur le marché en Allemagne, mais pas encore en Belgique. Il y a de bonnes raisons à cela : tant qu’il existe des compteurs tournant à l’envers, il ne sert provisoirement pas à grand-chose d’installer une batterie domestique dans notre pays. Le réseau reste encore toujours la meilleure batterie virtuelle, et vous garantit d’avoir à tout moment du courant à un prix abordable. À l’heure qu’il est, les batteries domestiques sont encore très chères à l’achat et donc peu accessibles.

Le fait de proposer aujourd’hui une batterie domestique en Belgique s’apparente donc plus à un coup marketing qu’à une contribution adéquate à la transition énergétique à grande échelle. Seuls les ‘adopteurs précoces’ s’engagent dans la technologie des batteries à l’heure actuelle.

Pour une véritable percée en matière de capacité de stockage, et cette dernière est absolument indispensable dans la perspective de la transition énergétique, les pouvoirs publics doivent opérer trois choix importants. Ils peuvent à cet effet se baser sur les expériences précédentes avec les panneaux solaires.

  1. Subsides ou marché libéralisé

Pour soutenir l’introduction de panneaux solaires à grande échelle, le gouvernement avait opté pour l’octroi de subsides aux citoyens et aux entreprises. Cela a eu pour effet de rendre notre énergie sensiblement plus verte et plus décentralisée, mais cela a également eu pour effet que nous payons tous aujourd’hui ces subsides, panneaux solaires ou non. Avec, pour conséquence, une augmentation de la facture d’électricité.

Un mécanisme de libre marché qui recherche en permanence le système énergétique le plus efficace sur base de la technologie la plus optimale disponible, comme c’est déjà le cas dans certains pays voisins comme le Royaume-Uni et la France, peut faire en sorte qu’une technologie de stockage adéquate, durable et évolutive joue son rôle au moment opportun. S’il est correctement mis en œuvre, ce mécanisme de marché peut en outre nous protéger contre de coûteux projets tels que les atolls énergétiques. Les projets de ce genre ne peuvent en effet survivre que grâce à des subsides, que nous remboursons ensuite pendant des années, comme nous l’avons encore vécu récemment.

  1. Financer la politique par des moyens généralisés ou par la facture d’électricité

Utiliser la facture d’électricité pour financer les décisions politiques (à caractère technologique, mais aussi social), principalement au moyen de la composante réseau sur la facture, a un effet pervers. Cela incite en effet les personnes ayant les moyens de se découpler (autant que possible) du réseau de le faire, par exemple grâce à des batteries, plaçant ainsi les gestionnaires de réseau devant un problème supplémentaire.

Plus il y a de citoyens qui se découplent du réseau, plus la facture est élevée pour ceux qui resteraient sur le réseau. En effet, le gestionnaire de réseau Elia et les différents gestionnaires de réseaux de distribution doivent alors répartir les coûts entre moins de clients. Cela engendrera un cercle vicieux avec pour résultat que les citoyens qui ne sont pas en mesure de se découpler du réseau doivent s’acquitter des coûts de la politique énergétique.

Les responsables politiques doivent donc décider de la manière dont ils veulent financer leur politique dans le secteur énergétique : par des moyens généralisés où tout le monde doit apporter sa contribution, ou par la facture d’électricité, avec pour conséquence ces éventuels effets négatifs.

  1. Stockage par batterie uniquement ou diversification de la technologie de stockage

Tout comme avec les panneaux solaires, les pouvoirs publics pourraient choisir de ne soutenir que les batteries domestiques (avec ou sans subsides, en mode centralisé ou décentralisé). Mais ils doivent peut-être envisager aussi d’autres options.

Elles sont moins médiatisées, mais il existe bel et bien d’autres méthodes de stockage que les batteries, par exemple la technique dite « power to gas ». Lorsqu’il y a une grande abondance d’énergie solaire et éolienne en été, celle-ci peut être convertie en gaz, qui peut être stocké et consommé par la suite.

Il est important de faire entrer les technologies en concurrence les unes avec les autres sur base de leur valeur ajoutée pour le système énergétique en transition, de sorte que nous puissions tous en profiter.

Qui plus est, la technologie de stockage décentralisée évolue à une vitesse telle que nous devons prendre garde de ne pas nous laisser entraîner dans des projets de stockage à grande échelle dont nous n’aurons peut-être plus besoin dans une dizaine d’années.

Approche holistique

C’est pourquoi je plaide en faveur d’une approche large et équilibrée, indépendante des tendances et des subsides, et basée sur un mécanisme de marché adéquat. Ne nous précipitons pas aveuglément sur les batteries domestiques, mais réfléchissons également à ce que devraient être notre transport, notre réseau d’électricité (intelligent), notre aménagement du territoire, nos normes de construction et d’isolation. Pour ce faire, nous devons utiliser une technologie de stockage de la manière la plus responsable possible sur le plan social, et ce au moment où elle peut fournir une contribution pertinente et substantielle au nouveau système électrique.

Ce sont les responsables politiques qui devront soupeser ces choix, sans doute à partir d’un mélange de différentes pistes, et montrer ainsi l’ampleur de leur ambition à redessiner vraiment le paysage énergétique. Bien entendu, il ne s’agit pas d’un scénario ‘ou-ou’. Le subventionnement excessif des panneaux solaires est encore dans toutes les mémoires, mais moyennant un bon équilibre d’incitations de tous types, le bon modèle de marché et le bon état d’esprit, nous pourrons aller loin.

Frank Brichau

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