L’illusion d’une énergie verte 24h/24h et 7j/7

Comme chaque année, Greenpeace a établi son classement portant sur le caractère durable des fournisseurs d’énergie actifs sur le marché belge. L’occasion pour le consommateur de se voir ainsi recommander quelques-uns d’entre eux, déconseiller de nombreux autres, mais, surtout, de recevoir pas mal d’informations fallacieuses. Aux fournisseurs figurant tout en haut du classement, un défi : peuvent-ils certifier à leurs clients qu’ils utilisent une énergie 100 % verte à chaque moment de la journée ? Osent-ils garantir à leurs clients que ceux-ci ne recevront jamais de l’énergie grise provenant de centrales au gaz ou nucléaires ?

Un premier point : je crois sincèrement que chaque fournisseur d’énergie est fermement convaincu que l’avenir énergétique sera à 100 % vert et renouvelable. Un jour, Greenpeace pourra donc ranger son classement annuel au placard car l’on ne produira plus que de l’énergie renouvelable, et celle-ci sera livrée par le biais de réseaux intelligents. Le problème, c’est que nous n’en sommes malheureusement pas encore là et que personne n’est en mesure de prédire quand cette transition énergétique durable sera bouclée.

L’un des défis majeurs consiste à trouver une parade au caractère actuellement imprévisible et non fiable de l’énergie renouvelable, dans des moments où le soleil ne brille pas et où le vent ne souffle pas par exemple. Et c’est là que le rapport de Greenpeace s’avère particulièrement trompeur.

Pour essent.be, la durabilité va de pair avec la fiabilité de l’énergie, et c’est aussi ce que nous disons en toute franchise à nos clients. En Belgique, nous approvisionnons 140 000 ménages belges en électricité verte et renouvelable provenant de C-Power, le parc d’éoliennes implanté au large des côtes belges et dont nous sommes le principal actionnaire. Nous produisons parallèlement de l’électricité grâce à des centrales au gaz naturel classiques, utilisables de façon flexible et nous permettant de disposer d’électricité en permanence.

Les fournisseurs d’énergie ayant obtenu les scores les plus élevés, je les mets au défi : peuvent-ils garantir à leurs clients qu’ils disposeront d’énergie renouvelable partout et à tout moment, 7 jours sur 7, 24 heures sur 24 ? Peuvent-ils certifier à leurs clients qu’ils ne recevront à aucun moment de l’énergie grise provenant de centrales au gaz ou de centrales nucléaires ?

La réponse est simple : non, ils ne le peuvent pas. À l’heure actuelle, même les fournisseurs d’énergie se vantant de proposer l’énergie la plus verte et la plus durable font aussi inévitablement appel, lorsqu’il n’y a pas suffisamment d’énergie solaire ou éolienne, à de l’énergie grise. L’un des plus grands défis pour assurer une transition énergétique vers une énergie renouvelable à 100 % consistera à développer des technologies capables de stocker cette énergie et de la transporter de façon intelligente, afin de pouvoir utiliser les surplus en cas de carence. Par contre, tant que ces accumulateurs ou d’autres solutions n’existeront pas, tous les fournisseurs d’énergie sans exception feront appel à de l’énergie grise.

Il est juste regrettable que les fournisseurs d’énergie ne soient pas parfaitement clairs vis-à-vis de leurs clients. Et il est doublement regrettable que Greenpeace contribue à maintenir l’illusion d’une énergie verte disponible 24h/24 et 7j/7.

Le rapport portant sur les fournisseurs belges d’énergie compare en réalité des pommes et des poires. Les grands producteurs historiques se retrouvent dans la même liste que les simples vendeurs d’énergie qui ne produisent pas eux-mêmes d’énergie. L’opposition entre les petits et les gros fournisseurs, en d’autres termes entre « les bons » et « les méchants », est artificielle, et même quelque peu hypocrite. Car d’où vient notre électricité lorsqu’il fait sombre et qu’il n’y a pas le moindre souffle de vent ? Et oui, justement : des grandes centrales électriques qui volent à notre secours quand le soleil et le vent nous laissent tomber …

Essent.be est évalué sur base de l’offre globale de carburants de sa société-mère pour toute l’Europe, alors que ce total diffère de l’énergie que nous produisons dans notre propre pays, celle-ci provenant de nos éoliennes et de nos centrales au gaz belges.

Ce mix énergétique reflète la réalité du marché belge de l’énergie en l’an 2016. Si nous voulons accélérer la transition vers l’énergie durable, nous devons continuer à investir massivement dans la recherche et le développement d’un système énergétique plus intelligent, et de sources d’énergie renouvelables, mais nous devons aussi investir dans des solutions nous permettant d’assurer cette transition énergétique de façon contrôlée … afin de continuer à fournir de l’électricité à chaque heure du jour et de la nuit.

À moins que Greenpeace ne choisisse de laisser régulièrement les Belges sans courant, il serait intellectuellement honnête de prévoir un critère supplémentaire dans ce rapport sur le développement durable : que font les fournisseurs d’énergie pour livrer une électricité aussi durable que possible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 ? Il est en effet un peu trop facile de ne pas produire soi-même d’énergie « grise » mais de l’utiliser par ailleurs avec avidité. Et si en plus Greenpeace récompense les fournisseurs d’énergie pour cette attitude ambiguë, cela risque de les décourager plutôt que de les inciter à tout mettre en œuvre pour assurer une transition énergétique parfaitement contrôlée. Et dans ce cas, l’avenir énergétique 100 % renouvelable ne sera certainement pas pour demain …

Frank Brichau

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